
Par Thomas Cohen, fondateur de Maestro
Idées de micro-SaaS B2B : choisir une niche à partir de problèmes observés
Trois pistes détaillées, une méthode pour les comparer et une fiche d’enquête. Le but : choisir un problème à étudier auprès de personnes joignables, avant de construire un logiciel.
Vous avez plusieurs idées d’applications et aucune raison solide d’en choisir une. Commencez par les personnes que vous pouvez rencontrer et par une tâche qu’elles accomplissent déjà. Une niche utile à explorer relie un public précis, une situation récurrente et une difficulté observable. Le nom d’un secteur ou une technologie à la mode ne suffit pas.
Un micro-SaaS est ici un service logiciel volontairement limité, destiné à résoudre un problème précis pour plusieurs clients. « Micro » décrit le périmètre envisagé ; il ne garantit ni une petite charge de travail ni un revenu. B2B signifie que les clients sont des professionnels.
Nous suivons Nora, personnage fictif qui envisage trois produits : récupérer les éléments manquants pour une agence, préparer les comptes rendus de visites et suivre les retours de matériel. Ces pistes et les détails qui suivent sont des hypothèses pédagogiques. Aucun entretien, usage client ou potentiel commercial n’a été constaté pour elles.
Partir d’un accès au terrain
Nora connaît une responsable d’agence et peut obtenir une présentation auprès d’une entreprise de location. Elle ne connaît personne dans l’inspection industrielle. Cette différence compte : elle pourra examiner les deux premières pistes plus directement. Elle ne prouve pas qu’elles sont meilleures, mais elle détermine ce qu’elle peut apprendre maintenant.
Écrivez trois cercles : les métiers que vous avez pratiqués, ceux où vous connaissez des personnes et ceux qui vous intéressent sans contact actuel. Pour chaque métier, nommez une fonction précise. « Les agences » reste large ; « la personne qui réunit textes et images avant la mise en ligne d’un site » désigne un travail à observer.
Ajoutez un moyen réaliste de rencontrer cette personne : une relation qui peut vous présenter, une association professionnelle ouverte, un événement accessible ou un échange déjà engagé. Un annuaire rempli de noms ne constitue pas encore une relation ni une permission de solliciter tout le monde.
Ne partez pas immédiatement sur le métier au plus gros budget supposé. Demandez-vous si vous pouvez comprendre son vocabulaire, voir un exemple sans données sensibles et suivre une tâche jusqu’à sa conclusion. Si toutes les étapes restent inaccessibles, commencez ailleurs ou trouvez un partenaire qui connaît réellement ce travail.
Décrire une tâche, son déclencheur et sa fin
Une idée trop large ressemble à « un assistant IA pour les agences ». Une tâche ressemble à « retrouver quels éléments le client n’a pas encore fournis avant la préparation de sa page ». La seconde formulation permet d’identifier une personne, un dossier et un moment de travail.
Pour chacune de vos pistes, complétez : « Quand cet événement arrive, cette personne doit produire ce résultat, à partir de ces informations. » Précisez ensuite ce qui permet de dire que la tâche est terminée. Un dossier complet, un compte rendu accepté ou un retour de matériel enregistré sont des résultats vérifiables.
Racontez aussi la solution actuelle, même si elle est simple : téléphone, carnet, dossier partagé ou outil déjà payé. Le futur logiciel devra trouver une place dans ce fonctionnement. Une tâche désagréable peut être assez rare ou assez facile à contourner pour que personne ne souhaite changer.
Le Service Manual britannique sur les entretiens recommande de rechercher des histoires et exemples concrets avec des questions ouvertes. Pour notre fiche, cela devient une consigne : demander le dernier dossier traité et ce qui s’est réellement passé, avant de présenter une solution.
Piste : les éléments manquants d’un dossier client
La première hypothèse de Nora concerne une petite agence qui attend des textes, images et validations. Le produit envisagé montre, pour un projet donné, ce qui a été demandé, ce qui a été reçu et qui doit répondre. Il ne remplace pas l’outil complet de gestion des projets de l’agence.
Le dossier d’enquête doit préciser qui prépare les demandes et qui décide qu’une pièce est suffisante. Un fichier reçu peut être inutilisable : image trop petite, texte non approuvé ou document concernant un autre projet. L’état « reçu » ne doit donc pas être confondu avec « prêt à utiliser ».
Les preuves à chercher seraient un exemple expurgé de demande initiale, la suite des échanges et la manière dont l’agence sait qu’elle peut commencer. Demandez ce qui a provoqué une relance et ce qui a finalement débloqué le dossier. Nora n’a pas encore obtenu ces éléments ; la case preuve reste vide.
L’inconnue commerciale principale est la place de cet outil dans les habitudes du client final. Accepterait-il un nouvel espace ou répondrait-il seulement par email ? Une prochaine rencontre utile consiste à montrer la séquence actuelle à la personne chargée du projet, sans lui vendre encore un portail supplémentaire.
Piste : le compte rendu après une visite
La deuxième hypothèse concerne une personne qui visite un lieu puis remet un compte rendu. Le périmètre envisagé est modeste : ranger des observations, signaler une information manquante et préparer un document à relire. Il ne faut pas promettre une conformité réglementaire ou un diagnostic professionnel automatique.
Nora doit d’abord choisir un type de visite. Mélanger visite commerciale, expertise immobilière et contrôle de sécurité rendrait la fiche inutilisable : les responsabilités et les livrables diffèrent. Pour l’exercice, elle retient une visite de préparation d’un événement, avec salles, accès et demandes à confirmer.
La preuve recherchée est un compte rendu fictif ou autorisé, accompagné des notes dont il provient. Le lecteur doit pouvoir expliquer ce qui a été supprimé, reformulé ou vérifié. Si le travail principal repose sur un jugement d’expert, l’outil peut faciliter la préparation sans prendre la décision.
L’inconnue est le moment du problème : pendant la visite, au retour ou lors de la validation avec le client. Ces trois situations pourraient appeler trois produits différents. La prochaine action de Nora serait d’observer une préparation et une relecture, avant de décider si une application mobile est nécessaire.
Piste : le retour de matériel prêté ou loué
La troisième hypothèse porte sur du matériel qui revient de plusieurs lieux. Le logiciel envisagé relie un départ, un retour attendu et les éléments réellement récupérés. Nora cherche à comprendre la transition entre « rapporté » et « disponible pour le prochain usage », plutôt qu’à recréer toute la gestion commerciale.
Un cas fictif aide à poser les questions : une caisse revient avec ses câbles, mais un accessoire reste chez le client. Qui le constate ? Qui relance ? Peut-on réserver le reste du matériel ? Quelle information doit être visible par la personne qui prépare le prochain départ ?
Les preuves recherchées seraient un bordereau autorisé, la liste des éléments et la manière dont une anomalie est transmise. Un entretien doit aussi examiner un retour sans problème. Observer seulement les exceptions les plus spectaculaires risquerait de faire construire un produit autour d’un événement marginal.
L’inconnue porte ici sur la saisie : est-elle faite au dépôt, sur le terrain ou par le client ? Si ajouter une information impose plus d’effort que le carnet actuel, la précision théorique ne servira pas. La prochaine étape consiste à faire décrire un retour ordinaire, puis un retour incomplet.
Comparer les pistes sans inventer un score de marché
Placez les trois fiches côte à côte. Comparez l’accès aux personnes, la fréquence constatée, la conséquence d’un échec, la solution déjà utilisée et la capacité à essayer autrement. Inscrivez « inconnu » quand vous ne savez pas. Un total chiffré donnerait une précision trompeuse à des réponses encore imaginées.
Une conséquence peut être du temps perdu, un travail repris, un engagement retardé ou une information introuvable. Conservez les mots de la personne et leur contexte. « C’est pénible » n’a pas la même portée que la description d’un travail refait, avec son origine et la décision prise ensuite.
Pour Nora, la piste agence peut devenir prioritaire parce qu’un rendez-vous est possible et qu’un dossier anonymisé peut être montré. C’est un choix d’enquête. Il ne devient pas une décision de construire tant que les exemples ne confirment pas une difficulté partagée et une possibilité de changement.
Consignez aussi une raison d’abandon pour chaque piste. Si l’agence est satisfaite de son outil existant, Nora peut arrêter cette exploration. Si les locations exigent une intégration qu’elle ne sait pas maintenir, elle peut réduire le périmètre. Un refus documenté rend la comparaison plus utile qu’un enthousiasme général.
Chercher les concurrents et les solutions invisibles
Recherchez les expressions employées par les personnes, puis les noms de leurs outils. Lisez les pages officielles qui décrivent les parcours correspondants. Notez ce qui est couvert, ce qui nécessite une configuration et ce que vous n’avez pas pu vérifier. Une absence dans une page commerciale ne prouve pas qu’une fonction n’existe pas.
Le concurrent peut être une méthode plutôt qu’une application : un modèle de message, une personne qui centralise tout ou un rendez-vous hebdomadaire. Demandez pourquoi cette solution reste en place. Sa simplicité ou la confiance de l’équipe peuvent compter davantage que le nombre de fonctions disponibles.
Une critique publique constitue une piste de question, pas une étude représentative. Gardez sa date et le contexte, sans en déduire que tous les utilisateurs rencontrent le même problème. Cherchez ensuite une personne qui peut expliquer son propre cas, avec ses contraintes et son choix actuel.
Ne formulez une différence produit qu’après cette lecture. « Plus simple » reste vague. « La personne qui prépare le départ voit les accessoires manquants sans ouvrir chaque dossier » devient une proposition à montrer. Elle doit encore être confrontée à un vrai travail et à une personne prête à l’essayer.
Choisir la prochaine enquête et conserver ses raisons
La fiche de comparaison des niches contient les trois dossiers fictifs et une fiche vierge. Complétez d’abord public, tâche, solution actuelle, preuve disponible, inconnue principale et prochain contact. Vous pouvez la copier dans un document ou un tableur sans ouvrir de compte.
Fixez un point de décision après les prochains échanges : poursuivre cette piste, modifier le public ou l’écarter. Précisez quelle information pourrait changer votre avis. Il ne s’agit pas d’atteindre un nombre magique d’entretiens, mais de ne pas prolonger indéfiniment une exploration qui ne répond à aucune question.
Quand une piste devient assez précise, passez au guide de validation d’un problème. Vous pourrez alors préparer une proposition et un petit essai. Cette séparation évite de construire trois prototypes pour découvrir ensuite que vous ne savez joindre aucun de leurs utilisateurs.
Vous pouvez demander à un agent de relever les contradictions de vos fiches ou de reformuler une question. Fournissez vos notes réelles et demandez qu’il sépare les faits des suppositions. Il peut vous aider à organiser l’enquête ; il ne peut pas remplacer par du texte convaincant les personnes que vous n’avez pas rencontrées.