
Par Thomas Cohen, fondateur de Maestro
Adoption de l'intelligence artificielle : 18 % des entreprises françaises, et qui manque
L'INSEE mesure un triplement en deux ans de l'adoption de l'intelligence artificielle par les entreprises françaises. Le chiffre global cache un écart de taille brutal, un frein qui n'est pas le prix, et une catégorie entière que l'enquête ne regarde même pas.
L'adoption de l'intelligence artificielle par les entreprises françaises atteint 18 % en 2025, le triple des 6 % de 2023 (INSEE, Insee Première n° 2120, 21 juillet 2026). Derrière la moyenne, l'écart de taille : 15 % chez les entreprises de 10 à 49 salariés, contre 58 % au-delà de 250 salariés.
Le chiffre par taille, et par métier
Une entreprise de plus de 250 salariés sur deux utilise l'IA, contre une petite sur sept, et la tranche intermédiaire de 50 à 249 salariés se situe à 31 %. L'écart s'est creusé de 8 points en un an sur la moyenne générale. La lecture par secteur donne le même relief : 59 % dans l'information et la communication, 33 % dans les activités scientifiques et techniques, 17 % dans l'industrie manufacturière, 13 % dans le commerce, 10 % dans la construction. Un artisan du bâtiment travaille donc dans le secteur le moins équipé du pays, à un contre dix. La moyenne européenne, 20 %, place la France un peu en dessous. Ces écarts suivent la matière première de chaque métier : une entreprise de l'information manipule du texte toute la journée, un plombier manipule des chantiers, et les outils grand public de ces deux dernières années savent faire le premier bien mieux que le second.
Ce que l'enquête ne mesure pas
L'enquête TIC 2025 a interrogé environ 11 000 entreprises de 10 salariés ou plus. Les entreprises de moins de 10 salariés, la boulangerie, le cabinet de kiné, l'agence immobilière de trois personnes, l'association à deux permanents, ne sont pas dans ce périmètre. Le 18 % ne dit rien d'elles, ni dans un sens ni dans l'autre. Quand un article de presse titre sur l'adoption de l'IA par les entreprises françaises, il parle d'un pays qui commence à dix salariés.
Le frein numéro un : ne pas voir l'utilité
Parmi les entreprises qui n'utilisent pas l'IA, 71 % déclarent n'y voir aucune utilité, 54 % citent le manque d'expertise et 38 % l'incompatibilité avec leurs systèmes existants. Le coût n'apparaît pas parmi les trois freins cités, ce qui déplace le débat loin du prix des outils. Sept non-utilisatrices sur dix ne voient pas l'utilité, une sur deux manque d'expertise en interne, et chez celles qui s'en servent déjà, 53 % disent que ce même manque d'expertise limite leur mise en oeuvre. Notre lecture de ces trois chiffres : le blocage porte sur la traduction, personne en interne ne sait relier un besoin métier à ce qu'un outil sait faire. C'est le sujet que nous avons pris de front dans les quatre chemins pour faire une application sans savoir coder, et dans ce qu'il faut savoir dire quand on n'a pas les mots.
Le contexte budgétaire de la décision
Ces arbitrages se prennent dans un climat tendu. Le 83e baromètre semestriel de Bpifrance Le Lab, publié le 9 juillet 2026 sur 4 637 réponses de dirigeants de TPE et PME, relève 38 % d'intentions d'investissement pour 2026 et 31 % de dirigeants qui jugent leur trésorerie difficile. Ce communiqué ne contient aucun chiffre sur l'intelligence artificielle : il donne le cadre, pas la réponse. Dans ce cadre, un projet logiciel se juge sur son coût d'entrée et sur ce qu'on peut arrêter en cours de route, plus que sur un retour promis à trois ans. Un projet qu'on peut interrompre après le cahier des charges, sans avoir payé la construction, entre dans un budget de trésorerie tendue ; un forfait d'agence signé pour six mois n'y entre pas.
L'utilité se démontre sur un cas, pas sur une catégorie
L'utilité d'une technologie ne se juge pas en général, elle se juge sur un besoin précis, formulé dans les mots du métier : le devis qui se recopie trois fois, la relance client oubliée, le tableur que personne n'ose ouvrir. Une équipe d'agents qui écrit un brief puis un cahier des charges en français permet de trancher sur un document lisible en un quart d'heure, avant d'engager quoi que ce soit. Diriger ce travail sans coder reste une compétence à acquérir, plus proche de la conduite de projet que de l'informatique.
Par où commencer quand on est la petite entreprise
Prenez la tâche qui vous coûte le plus d'heures par mois et écrivez en dix lignes ce qui s'y passe : qui fait quoi, dans quel ordre, avec quelle règle maison. Cette page suffit à savoir si un outil du marché la couvre, ou si votre façon de travailler en déborde. Elle sert de point de départ à un cahier des charges, et elle vous appartient quelle que soit la suite.