
Par Thomas Cohen, fondateur de Maestro
Logiciel syndic bénévole en copropriété : appels de fonds, AG, carnet d'entretien
Trois plateformes de syndic, trois renvois vers un devis : personne n'affiche son prix dans un métier où la loi oblige à mettre les contrats en concurrence sur le prix. Le travail entre deux assemblées, lui, tient dans un classeur. Ce qu'un outil à vous peut en reprendre, et ce qui restera à la banque.
Un logiciel syndic bénévole pour une copropriété ne s'achète pas sur catalogue : Matera, Cotoit et Vilogi renvoient tous vers un devis, sans afficher le moindre montant, pages consultées le 2 septembre 2026. L'immatriculation au registre national, elle, s'impose à tout immeuble destiné à l'habitation et à tous les syndics, bénévoles compris (service-public.fr).
Une catégorie verrouillée sur le devis
Matera annonce « des tarifs sur-mesure et transparents, pas d'engagement » et présente trois offres, dont une pour les syndics bénévoles, aucune chiffrée. Le seul prix affiché sur tout son site concerne un autre produit, la gestion locative, à partir de 6 % du loyer charges comprises : ne le confondez pas avec le syndic. Cotoit range ses deux offres, Colib et Cocoon, sous la même absence de montant, pour une cible annoncée de 15 à 300 appartements. Chez Vilogi, la page tarifs n'existe pas, il ne reste qu'un formulaire. Le paradoxe se voit à l'oeil nu : la loi impose au conseil syndical d'interroger plusieurs syndics et d'obtenir de chacun un projet de contrat et une fiche d'information sur le prix et les prestations, et aucun éditeur du marché ne publie le sien.
Combien de copropriétés cela concerne, personne ne le publie. Le registre national tenu par l'Anah est la source de référence, mais sa page de statistiques ne délivre qu'un générateur de rapport, son interface de données renvoie une erreur, et son fichier complet pèse 453 mégaoctets sans jamais annoncer son nombre de lignes. Nous préférons le dire plutôt que d'arrondir : le chiffre n'est pas publiable en l'état.
On consulte, on n'agit pas
Les avis publics des applications de copropriété tournent autour d'un même reproche. Sur la fiche Matera de l'App Store français, un utilisateur écrit le 1er avril 2026 : « Il n'y a aucune cohérence entre l'application mobile et la version web. On ne retrouve par exemple pas le tableau de bord ! » Un administrateur de copropriété, dès le 16 juillet 2021 : « on ne peu rien faire, aucune action a part la consultation des soldes etc, pas possible de faire des virements » (les fautes sont dans l'avis). Et le 16 février 2026 : « Malgré plusieurs demandes de réinitialisation de mot de passe, je ne reçois aucun mail ». Côté conseil syndical, sur Trustpilot où Matera affiche 3,8, un copropriétaire raconte le 20 juillet 2026 des appels de fonds erronés pendant des mois, puis des sommes réclamées deux ans plus tard, et conclut qu'un syndic bénévole qui maîtrise un minimum la gestion sera « aussi efficacae et moins cher » (sic). Le motif est constant : on regarde ses comptes, on ne fait pas le travail.
Ce que la loi met sur les épaules d'un bénévole
Le syndic non professionnel est une personne physique, copropriétaire de l'immeuble, qui n'exerce pas à titre lucratif et n'a pas à posséder de carte professionnelle. S'il cesse d'être copropriétaire, son mandat vaut encore trois mois, le temps de convoquer une assemblée pour désigner un successeur. Il ouvre un compte bancaire au nom du syndicat dans les trois mois de sa désignation, plus un compte dédié au fonds travaux. Il établit le budget prévisionnel voté chaque année, tient la comptabilité, arrête les comptes annuels, calcule les charges de chacun, envoie les appels de fonds et recouvre les impayés. Il immatricule la copropriété au registre national et l'y met à jour. Il établit chaque année la fiche synthétique, datée et signée, mise à jour dans les deux mois suivant la notification du procès-verbal, avec les charges courantes, les charges de travaux, les dettes fournisseurs, les impayés et le fonds de travaux. Il convoque l'assemblée, y assiste, rédige le procès-verbal et l'envoie à tous. Faites confirmer votre situation par votre conseil : les régimes de majorité et les délais varient selon les décisions.
Les cinq objets qui remplaceraient le classeur
Un outil à vous tiendrait cinq choses. Les appels de fonds : répartition du budget voté selon les tantièmes, appels trimestriels générés, relances datées, position de chaque copropriétaire à jour, et le total des impayés prêt à recopier. La fiche synthétique pré-remplie, dont chaque rubrique obligatoire vient de la comptabilité de l'année, avec l'échéance des deux mois en rappel. Le cycle d'assemblée : ordre du jour, convocation avec ses pièces annexées, feuille de présence, pouvoirs, rédaction du procès-verbal et envoi horodaté. Le carnet d'entretien de l'immeuble et son registre des travaux, chaque intervention avec ses devis mis en concurrence, l'entreprise retenue, le vote qui l'a autorisée, les factures et l'imputation au fonds de travaux ou au budget courant. Et un coffre partagé où le règlement, les contrats d'entretien, les assurances, les diagnostics et les derniers procès-verbaux restent accessibles à chaque copropriétaire, et transmissibles en bloc au syndic suivant.
Ce qui restera chez la banque et chez l'État
Quatre choses sortent du périmètre. L'immatriculation se saisit sur la plateforme de l'Anah, avec le compte personnel du représentant légal : votre outil prépare les données, il ne remplit pas le formulaire. Le compte bancaire au nom du syndicat appartient à une banque ; Matera passe d'ailleurs par un établissement de monnaie électronique et est enregistrée auprès de l'ACPR comme agent de services de paiement. Un logiciel suit les mouvements, il ne les exécute pas. La signature électronique d'un procès-verbal et l'émission des factures par une plateforme agréée s'achètent auprès de prestataires. Et la ligne rouge, enfin : dès qu'il y a rémunération de la fonction, on bascule dans le régime professionnel, avec carte, garantie financière et assurance. Un outil ne doit pas transformer un bénévole en syndic déguisé.
Le classeur, et ce qu'il devient
Posez sur la table le classeur des appels de fonds. Des intercalaires par trimestre, un tableau de tantièmes photocopié, des relevés annotés au stylo, une page volante avec les impayés recopiés à la main parce qu'ils vivent à trois endroits. Décrivez ces intercalaires à une équipe d'agents IA et le classeur ne disparaît pas : il devient le sommaire du cahier des charges, en français, que vous relisez avant qu'une ligne de code n'existe. Chaque intercalaire devient un écran, et la page volante devient la première règle métier du produit, celle qui décide qu'un impayé se calcule et ne se recopie jamais. Le premier document sera imparfait, c'est son rôle : on commence sale et on valide propre. Le budget IA dépend de l'assistant choisi, de son offre et du travail demandé. Nos dépenses d'IA mesurées portent sur des essais précis et ne fixent pas le prix de cet outil. Comptez aussi votre temps de validation, l'hébergement éventuel, les services externes et la maintenance. Les comptes de la copropriété restent sur votre machine.
Par où commencer
Sortez la dernière fiche synthétique que vous avez établie et chronométrez ce qu'il vous faudrait pour en produire une aujourd'hui : combien de rubriques savez-vous remplir sans rouvrir trois fichiers ? Puis prenez le total des impayés et vérifiez s'il tombe juste du premier coup. Ces deux vérifications tiennent en une soirée et disent tout de l'outil qui vous manque. Un trésorier d'association a mené le même inventaire avant de faire construire le sien.