
Par Thomas Cohen, fondateur de Maestro
Votre cahier des charges en une heure : la méthode des questions qui fâchent
Un chronomètre, quatre blocs : dix minutes pour le problème, vingt pour les parcours, vingt pour les questions qui fâchent, dix pour la liste des non. Le pas-à-pas complet.
Une heure suffit pour un premier cahier des charges utile, en quatre blocs chronométrés : 10 minutes pour le problème, 20 pour deux parcours racontés, 20 pour les questions qui fâchent, 10 pour la liste de ce que la première version ne fera pas. Deux à trois pages en sortent, corrigibles ensuite.
Minute 0 à 10 : le problème, du point de vue de qui l'a
Écrivez une phrase, une seule, qui part de la personne servie : « Mes clients doivent pouvoir réserver un créneau sans m'appeler. » Interdisez-vous les écrans et les boutons pendant ces dix minutes ; si une solution s'invite (« il faudrait un calendrier »), reformulez-la en besoin (« on doit voir les créneaux libres »). Cette phrase servira d'arbitre pour tout le reste de l'heure. Si deux problèmes se disputent la place, écrivez les deux phrases et choisissez-en une : un cahier des charges par produit.
Minute 10 à 30 : deux parcours, racontés au présent
Choisissez les deux trajets les plus fréquents et racontez-les du début à la fin, au présent, avec un prénom : « Claire ouvre la page, choisit mardi 10 h, laisse son numéro, reçoit une confirmation. » Vingt minutes pour deux parcours, pas davantage : le troisième attendra la version deux. Un parcours raconté fait surgir les trous qu'une liste de fonctionnalités cache : que voit Claire si le créneau vient d'être pris ? Notez chaque trou en marge sans le résoudre, le bloc suivant s'en charge.
Minute 30 à 50 : les questions qui fâchent
Vingt minutes sur ce que les projets règlent trop tard. L'argent d'abord : comment s'arrondit un montant, qui applique la TVA et à quel taux, que devient un acompte si Claire annule ? Nos campagnes de mesure l'ont montré : les copies qui perdaient des points devant le jury échouaient sur ces cas-là (la rétroactivité, les doublons, les centimes d'arrondi), jamais sur l'écran d'accueil. Les droits ensuite : qui voit quoi, qui peut modifier, qui peut supprimer ? Les cas tordus enfin : le doublon, l'annulation de dernière minute, la donnée saisie deux fois. Répondez en une phrase par question ; « à trancher » est une réponse acceptable, le flou silencieux non.
Minute 50 à 60 : la liste des non
Terminez par ce que la première version ne fera pas : « pas de paiement en ligne », « pas d'application mobile », « pas de multi-praticien ». Dix minutes, une liste assumée. Elle protège votre budget et votre calendrier mieux que n'importe quelle négociation ultérieure, parce qu'elle est écrite avant que chaque idée nouvelle ne semble petite. Datez-la : un non d'aujourd'hui peut devenir un oui de l'an prochain, et la date évite d'en débattre deux fois.
Après l'heure
Vous tenez deux à trois pages : une phrase de problème, deux parcours, des réponses aux questions qui fâchent, une liste de non. Donnez-les telles quelles à qui construit, agence, freelance ou équipe d'agents IA. Dans Maestro, ce document sert de matière première : les agents le confrontent, posent les questions restantes et vous rendent un cahier des charges complet à valider. Gardez aussi vos notes en marge : les trous relevés pendant les parcours feront les questions de la prochaine session. Dans un mois, rejouez l'heure : un document court et à jour rend plus service qu'un classeur parfait.