
Par Thomas Cohen, fondateur de Maestro
Logiciel cabinet de recrutement sur mesure : le vivier, les entretiens, les honoraires
Sur quatre logiciels de recrutement visés, trois refusent d'afficher un prix. Le quatrième vaut 245 € sur une fiche tierce, sans unité connue. Un cabinet indépendant vend un vivier, pas une annonce, et c'est la partie qu'aucun outil du marché ne modélise à sa façon.
Choisir un logiciel de cabinet de recrutement sur mesure commence par un constat de marché : sur quatre outils visés le 2 septembre 2026, Taleez, Flatchr et Recruitee renvoient vers un devis sans afficher le moindre montant. Le quatrième, Beetween, est annoncé « à partir de 245,00 € » sur sa fiche Capterra France, sans que l'unité soit précisée, la page tarifs de l'éditeur étant hors service ce jour-là.
Un marché où l'on ne peut pas comparer avant d'appeler
Un ATS, entendez le logiciel qui suit les candidatures d'un poste depuis l'annonce jusqu'à l'embauche, est le standard du secteur. Recruitee explique que ses abonnements dépendent « de la formule que vous choisissez, du nombre d'employés dans votre entreprise et de la période de facturation », avec 20 % de remise en paiement annuel, et s'arrête là. Flatchr intitule sa page « Tarifs de notre outil d'ATS » et n'y met aucun tarif. Taleez conditionne le prix à la taille de l'organisation et aux volumes de recrutement. Pour un cabinet de six personnes, la conséquence tient en deux mots : impossible de savoir si l'outil rentre dans le budget sans passer une heure au téléphone, et impossible de comparer deux offres sur la même base. C'est le même mécanisme que la facturation par utilisateur qui punit l'embauche, avec le prix en moins.
Le nombre de cabinets qui vivent avec ce marché se compte, lui. L'annuaire des entreprises de l'État, adossé à la base Sirene, retourne 5 557 unités légales enregistrées sous le code 78.10Z, activités des agences de placement de main-d'oeuvre, dont 3 305 actives, au 2 septembre 2026. C'est un comptage par activité principale déclarée, pas une statistique publiée par l'INSEE, dont le chiffre pour cette classe n'a pas pu être vérifié à la source.
Ce que les rares avis publics reprochent, et combien ils sont
La fiche Capterra France de Beetween porte une note de 4,1 sur 5 pour huit avis, ce qui est trop peu pour conclure, et assez pour repérer un motif. Un utilisateur du secteur du recrutement écrit le 17 juin 2025 : « Rien ne vas, la liste serait trop longue. SAV : 0 Produit : 0 ». Un autre, en ressources humaines, le 11 août 2023 : « Compliqué de retrouver un candidat avec son nom car on ne sait pas de quel recrutement il s'agit ». Un troisième, le 28 novembre 2022, bute sur les dysfonctionnements de la multidiffusion vers les plateformes d'annonces. Les deux derniers disent la même chose sous deux angles : la base de candidats reste prisonnière du poste pour lequel elle a été constituée. Pour un cabinet qui revend un vivier et pas une annonce, c'est le coeur du métier qui tombe à côté.
Les cinq objets, rangés par qui les touche
Le consultant a besoin de deux choses : un vivier classé par compétence et par disponibilité, qui vit à côté des offres en cours, et une fiche d'entretien construite selon la grille du cabinet, dont les notes restent attachées à la personne plutôt qu'au poste. La direction en a besoin d'une troisième : le suivi des honoraires au succès, avec le montant, l'échéance de facturation, la période de garantie, le remplacement en cours et les impayés au même endroit. Le client entreprise en voit une quatrième : un portail où il retrouve les candidats présentés, dépose ses retours et cale ses entretiens, sans pièces jointes qui circulent par courrier électronique. Et le candidat, enfin, mérite la cinquième : un rapprochement avec le besoin qui explique pourquoi on le propose, pour que le consultant garde la main sur la présentation au lieu de la subir.
Ce qui restera chez les autres
La diffusion des annonces ne se rapatrie pas. Les plateformes d'emploi, les réseaux professionnels et France Travail gardent leurs audiences, et l'accès à leurs interfaces passe par des contrats, parfois par un ATS partenaire. La signature électronique des contrats de placement s'achète auprès d'un prestataire, elle ne se réécrit pas. La durée de conservation de deux ans et le droit d'accès des candidats sont des obligations, pas des options d'un module. Ce qui reste libre est ce qu'aucun texte n'encadre et qu'aucun outil générique ne modélise : la façon dont votre cabinet qualifie un candidat, la mémoire qu'il garde de ses entretiens, sa manière de rapprocher un vivier d'un besoin.
Ce que la CNIL interdit de garder
La CNIL fixe la durée de conservation d'une candidature : elle « n'excède en principe pas deux ans » à compter du dernier contact, à condition que le candidat en ait été informé. La même page liste ce qui ne se collecte pas, même sur un formulaire maison : le numéro de sécurité sociale, les coordonnées bancaires, les informations familiales, les intentions d'avoir des enfants, les caractéristiques physiques hors des emplois qui les exigent. Et ce qui ne se fait pas : demander le lieu de résidence sans justification valable, enregistrer un entretien sans accord préalable, constituer une base à partir de fausses offres. S'ajoute une échéance de facture : depuis le 1er septembre 2026, toute entreprise doit pouvoir recevoir des factures électroniques, et vos clients grands comptes en émettent déjà ; l'obligation d'émission arrive au 1er septembre 2027 pour les PME. Vérifiez votre situation avec votre conseil.
Le premier document qui vous revient est un texte, pas un écran
Avec une équipe d'agents IA, la première chose que vous relisez est le cahier des charges, en français, avant toute construction. Attendez-vous à y trouver votre garantie de remplacement réduite à une case à cocher, parce que c'est ainsi que tout le monde la dessine. La correction tient en trois phrases dictées à l'agent : chez vous, la garantie court trois mois à partir de la prise de poste, elle se suspend si le client modifie le périmètre du poste en cours de route, et un remplacement ne se refacture jamais. Trois phrases dans un document, relues en un quart d'heure, plutôt que la même règle découverte six semaines plus tard dans un écran déjà construit. C'est ce que la relecture d'un cahier des charges achète. Le budget IA dépend de l'assistant choisi, de son offre et du travail demandé. Nos dépenses d'IA mesurées portent sur des essais précis et ne fixent pas le prix de cet outil. Comptez aussi votre temps de validation, l'hébergement éventuel, les services externes et la maintenance.
Par où commencer
Comptez, dans votre base actuelle, combien de candidats ont un dernier contact vieux de plus de deux ans : c'est votre dette de conformité, et elle se chiffre en une requête. Puis essayez de retrouver quelqu'un par son nom sans vous rappeler sur quel poste il avait postulé. Si la deuxième opération vous prend plus d'une minute, votre outil range les gens sous les annonces, et c'est le classement qu'il faut inverser. Ces deux mesures suffisent à écrire les premières pages de votre cahier des charges, et les données des candidats restent alors chez vous.