
Par Thomas Cohen, fondateur de Maestro
Logiciel de gestion pour cabinet dentaire : ce qui se construit à côté du logiciel agréé
La chaîne Vitale, le Ségur et l'imagerie restent chez l'éditeur agréé, et personne ne les reprendra. Le suivi des devis, le fauteuil, le laboratoire de prothèse et les rappels de contrôle, eux, vivent sur des tableurs. C'est là qu'un outil à votre main a de la place.
Un logiciel de gestion de cabinet dentaire coûte 139 € TTC par mois et par soignant chez Doctolib pour la seule tenue de patientèle (page tarifs consultée le 2 septembre 2026), pendant que Julie et LOGOSw, les deux éditeurs historiques du marché français, n'affichent aucun montant. La DREES compte 47 600 chirurgiens-dentistes en activité au 1er janvier 2025.
Ce que le logiciel agréé tient, et qu'un outil maison ne prendra pas
Trois briques restent fermées. La facturation à l'Assurance Maladie passe par un logiciel certifié par le Centre national de dépôt et d'agrément : carte Vitale, feuille de soins électronique, télétransmission, retours NOEMIE, SCOR pour les pièces justificatives. Le référencement Ségur en ajoute une deuxième, le chirurgien-dentiste étant l'un des trois nouveaux couloirs de la vague 2 : le logiciel du cabinet doit dialoguer avec Mon espace santé, le dossier médical partagé, l'identité nationale de santé et la messagerie sécurisée de santé, et c'est ce référencement qui déclenche les financements. La troisième est l'imagerie : capteurs, panoramique et cone beam parlent les formats de leurs fabricants, et un outil fabriqué à la maison ne pilote pas un générateur de rayons X. S'y ajoute l'hébergement certifié HDS dès que des dossiers ou des clichés sont stockés en ligne, sur le fondement de l'article L.1111-8 du code de la santé publique, la même exigence qui structure le débat sur les données des professions du soin.
Ce que les praticiens disent des logiciels qu'ils paient
Le corpus d'avis est mince sur ce marché, et cela mérite d'être dit avant de citer quoi que ce soit : aucune plateforme d'avis grand public ne référence les éditeurs dentaires français, et la fiche Capterra de Julie ne porte que deux avis, tous deux élogieux. Les verbatims les plus francs viennent du forum professionnel Eugenol, fil « Quel logiciel dentaire choisir », et ils datent tous de juillet 2023. Julie y est décrit comme « une usine à gaz extrêmement rigide et dépassée sur de nombreux points » (Gabzou, 10 juillet 2023). Un confrère écrit à propos de Logos : « des bugs recurrents non corrigés malgré de multiples demandes » (Ulysse90, 11 juillet 2023). Un troisième tranche pour tout le rayon : « Les logiciels dentaires en France sont tous très nuls » (king_zoulou, 11 juillet 2023). Trois voix d'un même fil, vieilles de trois ans, sur un marché qui facture par praticien et que personne ne compare publiquement.
Les cinq suivis qui finissent sur un tableur
Le suivi des devis vient en premier : chaque devis remis avec sa date, son montant, l'acte projeté, sa relance à J+15 et à J+45, et le taux de transformation par praticien et par type de traitement. Le pilotage du fauteuil ensuite : occupation réelle par fauteuil, durée moyenne apprise des séances passées, trous de planning détectés et patients en liste d'attente proposés pour les combler. Le laboratoire de prothèse, avec la date promise, la date reçue, les retouches, le coût par élément et l'alerte la veille quand la pièce n'est pas rentrée. Les rappels de maintenance : contrôle annuel, détartrage, suivi parodontal et implantaire, avec la liste des patients sortis du suivi depuis plus de dix-huit mois. Le tableau de bord économique enfin, par praticien et par collaborateur : part du hors nomenclature, rétrocessions, impayés de la part patient, coût matériel par acte.
La contrainte réglementaire, datée
Depuis le 1er septembre 2026, toute entreprise assujettie à la TVA doit être en mesure de recevoir une facture électronique ; l'émission devient obligatoire pour les PME et micro-entreprises au 1er septembre 2027 (France Num, guide mis à jour le 17 août 2026). Pour un cabinet dentaire, cela vise les prothésistes, les dépôts dentaires et les structures, pas les notes remises aux patients. Un PDF envoyé par courriel ne constitue pas une facture électronique au sens de l'article 289 bis du code général des impôts. Un outil sur mesure produit et stocke les données de facturation, puis les transmet à une plateforme agréée qui se charge de l'émission ; il ne devient pas lui-même cette plateforme. Vérifiez votre situation avec votre expert-comptable.
Le devis remis au fauteuil, et ce qu'il devient
Prenez un devis de traitement remis un mardi : une feuille imprimée, un montant, une signature, un double dans le dossier. Il sort du logiciel et il y meurt. Décrit à une équipe d'agents, ce même devis devient une ligne datée qui porte un praticien, un acte, une réponse attendue, deux relances programmées et un taux de transformation lisible au trimestre. Margaux, l'agent qui mène le cadrage, vous demandera ce qui arrive à un devis refusé, à un devis accepté pour moitié, à un devis qu'un patient ressort deux ans plus tard. Victor écrit vos réponses dans un cahier des charges en français que vous corrigez avant qu'une ligne de code existe. Le budget IA dépend de l'assistant choisi, de son offre et du travail demandé. Nos dépenses d'IA mesurées portent sur des essais précis et ne fixent pas le prix de cet outil. Comptez aussi votre temps de validation, l'hébergement éventuel, les services externes et la maintenance. Maestro organise ce travail sans terminal et reste sans frais pendant la beta, qui se rejoint sur invitation.
Par où commencer
Passez une fin d'après-midi avec votre assistante et demandez-lui de sortir tout ce qu'elle tient hors du logiciel : le carnet des relances, le tableur des prothèses, le pense-bête des ententes préalables. Ce qu'elle pose sur la table est le premier brouillon de votre cahier des charges, écrit avant vous et sans un mot d'informatique. Gardez le logiciel agréé pour la chaîne Vitale et l'imagerie, et construisez à côté en lisant ses exports plutôt qu'en cherchant à le remplacer. Le raisonnement vaut pour les autres professions réglementées, et il tient aussi pour un kiné ou un ostéo, dont le cabinet dépend de moins de briques agréées.