
Par Thomas Cohen, fondateur de Maestro
Logiciel de gestion pour boulangerie artisanale : fournées, invendus et relevés HACCP
La caisse certifiée reste obligatoire et un outil maison ne doit jamais encaisser un client. Tout le reste, les fournées prévues, les invendus, les commandes de fin d'année et les relevés d'hygiène, vit encore sur cahier. C'est là qu'un logiciel à votre main a de la place.
Un logiciel de gestion pour boulangerie artisanale commence à 29 € par mois chez Tactill, limité à une caisse et 300 produits, et monte à 49 € par mois pour la formule avancée de SumUp (grilles consultées le 2 septembre 2026). La Confédération nationale de la boulangerie-pâtisserie française annonce environ 34 000 boulangers-pâtissiers pour 35 000 points de vente, sans indiquer d'année de référence.
Ce que la caisse fait bien, et pourquoi elle reste
Les caisses du marché tiennent l'encaissement, les moyens de paiement, le ticket et l'archivage réglementaire, et certaines descendent jusqu'au planning et au suivi d'hygiène : JDC et Cashmag annoncent tous deux une entrée boulangerie, sans publier de prix. Un artisan qui vend au comptoir a besoin de ce socle, et aucun outil fabriqué à la maison ne le remplacera. La raison est écrite noir sur blanc dans la doctrine fiscale : le BOFiP BOI-TVA-DECLA-30-10-30 pose au paragraphe 375 que « lorsque le logiciel ou système est développé par l'assujetti lui-même pour ses besoins propres », la conformité ne peut se justifier que par un certificat délivré par un organisme accrédité. L'assouplissement voté en février 2026, qui autorise une attestation d'éditeur, reste fermé à l'auto-développement. La sanction est de 7 500 € par système concerné. Retenez-en une règle : un outil que vous faites construire ne doit jamais enregistrer le règlement d'un client particulier.
Ce que les artisans reprochent à leurs prestataires
Les avis publics visent moins le matériel que ce qui vient après la signature. Sur la fiche Trustpilot de JDC, notée 1,6 sur 5 pour 210 avis, un client écrit « Une catastrophe. Le service client est déplorable » (Dos Santos, 1 étoile, 28 août 2026), un autre « Commerciale inexistante. Pour nous vendre son matos, pas de problème » (Fred H., 1 étoile, 13 août 2026). Sur celle de Popina, notée 2,0 sur 5 pour 10 avis, une professionnelle décrit un engagement de quatre ans et une facturation déportée chez un tiers qui rend le remboursement impossible (Sarah Louveau, 1 étoile, 10 février 2026). Chez SumUp, notée 4,2 sur 5 pour 55 625 avis, une commerçante raconte une migration imposée depuis Tiller, des commissions plus élevées et des fonctions perdues (Clara M., 1 étoile, 1er septembre 2026). Le point commun : le contrat porte sur du matériel, et le logiciel suit le contrat.
Les cinq fonctions qui manquent dans le fournil
Le plan de fournées, d'abord : prévoir les quantités par cuisson à partir des ventes passées, du jour de la semaine et des jours fériés, avec un ajustement à la main avant de lancer la nuit. Le carnet d'invendus ensuite, saisi en trente secondes en fin de journée, référence par référence, qui donne le taux d'invendus par produit et le coût matière que cela représente sur le mois. Les commandes clients, prises au comptoir ou au téléphone pour les galettes, les bûches et les sandwichs de chantier, avec un rappel la veille et une feuille de production par poste. Le coût matière par recette, recalculé quand le prix du beurre bouge sur les factures fournisseurs. Et le planning des équipes en horaires de nuit, doublé du registre HACCP : températures, nettoyages, traçabilité des lots, horodatés et exportables pour un contrôle.
Ce que la réglementation impose autour
Le règlement européen 852/2004 impose à l'article 5 des procédures permanentes fondées sur les principes HACCP, avec établissement et conservation de documents. La fiche officielle sur les règles d'hygiène dans les commerces alimentaires ajoute une formation d'au moins 14 heures pour un membre du personnel et une déclaration à la DDPP avant ouverture. Les allergènes relèvent des articles 9 et 21 du règlement 1169/2011, et les denrées non préemballées, cas courant en boulangerie, de son article 44. Les dénominations sont contraintes elles aussi : le décret n° 93-1074 du 13 septembre 1993 définit le pain maison, le pain de tradition française et le pain au levain, ce qui fait de vos libellés de vente des mentions juridiques et non des noms libres dans un catalogue. Côté factures, vos fournisseurs de farine et d'emballages vous envoient déjà des factures électroniques depuis le 1er septembre 2026, et vous devrez en émettre au 1er septembre 2027 via une plateforme agréée. Un outil sur mesure prépare la donnée ; la plateforme la transporte. Vérifiez le détail de votre situation avec votre expert-comptable.
La plus petite étape qui rend déjà service
La première étape livrée tient en un écran : la saisie des invendus en fin de journée, référence par référence. L'agent Félix la vérifie sur des tests écrits avant le code, puis vous validez ou vous renvoyez la copie. Un mois de saisie donne le taux d'invendus par produit, et l'outil sert déjà alors que le plan de fournées n'existe pas. Le budget IA dépend de l'assistant choisi, de son offre et du travail demandé. Nos dépenses d'IA mesurées portent sur des essais précis et ne fixent pas le prix de cet outil. Comptez aussi votre temps de validation, l'hébergement éventuel, les services externes et la maintenance. Les documents et le code restent sur votre machine, ce qui compte quand l'outil porte vos recettes et vos marges. Le calcul ressemble à celui d'un restaurateur ou d'un artisan du bâtiment : le sur mesure gagne au moment où les tableurs satellites se multiplient, et perd tant que l'activité rentre dans les cases du logiciel du marché.
Par où commencer
Ouvrez le cahier de fournées de la semaine dernière et comptez trois nombres : combien de références ont été jetées, combien de commandes clients ont été notées ailleurs que dans la caisse, combien de relevés de température ont été rattrapés le lendemain. Ces trois nombres décrivent l'outil qu'il vous faut, sans une ligne de vocabulaire informatique. Décrivez-les à une équipe d'agents, lisez le cahier des charges proposé, et gardez la caisse certifiée où elle est. La question du coût sur la durée, elle, se pose comme pour tout abonnement métier.