
Par Thomas Cohen, fondateur de Maestro
Logiciel de vente directe pour agriculteur : commandes, paniers AMAP, tournées
Les places de marché du circuit court prélèvent un pourcentage sur vos ventes, les logiciels génériques un abonnement. Entre les deux, la commande de la semaine, les contrats de paniers, les tournées et les compteurs de la dérogation sanitaire tiennent encore sur un tableur et par SMS.
Cagette.net ne facture pas d'abonnement mais une commission sur les ventes, 6 % en formule Flexible et 2 % en formule Engagée, ramenée à 0 % au-delà de 23 400 € TTC de ventes par an (page consultée le 2 septembre 2026). Socleo annonce un abonnement à partir de 30 € par mois. Agreste compte 90 000 exploitations en circuit court en 2020, soit 23 % des exploitations métropolitaines.
Un pourcentage, un abonnement, ou un serveur à tenir
Trois modèles se partagent le circuit court. La commission, chez Cagette.net, avec un plafond annuel et une réduction à 2 % en contrepartie de formations obligatoires, tarifées 208 € pour un exploitant agricole. L'abonnement, chez Socleo, dont seul le prix d'entrée est public. Et le logiciel libre : AmapJ, gratuit, annonce 485 AMAP utilisatrices et une version sortie le 15 mai 2026, mais la page prévient qu'il faut un serveur pour le faire fonctionner, loué et administré par soi-même ou par un groupement régional. clic'AMAP, porté par les réseaux d'AMAP, le dit de la même façon : le logiciel doit être hébergé et entretenu, ce qui demande des moyens humains et financiers. Le logiciel libre déplace la dépense vers l'hébergement et vers quelqu'un qui l'entretient.
Un marché sans avis publics, et ce que cela dit
La recherche menée le 2 septembre 2026 n'a trouvé aucun corpus de plaintes de producteurs sur ces logiciels. Trustpilot n'a pas de fiche pour Socleo, celle de Cagette.net est nourrie par des mangeurs et non par des fermes. Ce vide vaut information : le marché est fragmenté, souvent associatif ou régional, et personne ne s'y compare publiquement. Un producteur choisit son outil sur le bouche à oreille d'un réseau, sans grille de prix comparable ni retours d'usage datés.
La semaine d'un producteur, poste par poste
Les commandes de la semaine : ouverture et clôture automatiques d'une fenêtre par point de retrait, catalogue avec les disponibilités réelles saisies en trente secondes depuis le champ, relance des clients qui n'ont pas commandé, récapitulatif de préparation imprimable par tournée. Les contrats de paniers et d'AMAP : durée, nombre de paniers, chèques remis d'avance, calendrier des livraisons avec les semaines de report, absences, solde de chaque adhérent, liste d'émargement par distribution. Les tournées : ordre de passage construit à partir des commandes, bacs par point de dépôt, écarts constatés saisis sur place, récapitulatif de ce qui reste à la ferme. Les compteurs de conformité : cumul hebdomadaire des quantités cédées à des commerces de détail de proximité, par catégorie, avec alerte avant le franchissement des plafonds de la dérogation à l'agrément sanitaire. Les registres enfin, traitements phytosanitaires et traçabilité des lots.
Ce qui reste officiel, et daté
Quatre briques ne se réécrivent pas. La télédéclaration des aides passe par le portail de l'État Telepac, et aucun outil tiers n'y dépose un dossier à votre place. L'encaissement : un producteur assujetti à la TVA qui enregistre les règlements de particuliers avec un logiciel de caisse entre dans le champ de l'article 286-I-3° bis du code général des impôts, et la doctrine fiscale ferme la porte à l'auto-développement, un logiciel écrit pour ses besoins propres ne pouvant se justifier que par un certificat d'organisme accrédité, sous peine de 7 500 € d'amende par système. La règle qui en découle est simple : l'outil ne touche pas au règlement. L'émission de factures aux professionnels, restaurants, épiceries, cantines, passera par une plateforme agréée au 1er septembre 2027 pour une TPE ; les ventes aux particuliers restent hors de ce champ. Et le registre des traitements phytosanitaires, exigé pendant trois ans au moins par l'article 67 du règlement européen 1107/2009, peut être tenu dans un outil à vous à condition que son contenu corresponde à des actes réels. Vérifiez votre régime de TVA avec votre centre de gestion.
Où vivent vos données, et ce qui ne monte pas en ligne
Une ferme en vente directe manipule trois choses de nature différente. Les noms, adresses et habitudes d'achat des familles qui commandent chez vous, données personnelles au sens plein, avec un registre des traitements à tenir et des droits d'accès à honorer sous trente jours. Les quantités produites, cédées et vendues, qui touchent à vos marges et à votre position vis-à-vis des seuils sanitaires. Et les relevés réglementaires, qui doivent être présentables en contrôle sans avoir transité par personne d'autre. Une place de marché voit les trois. Le cadrage commence donc par un partage : Margaux vous fait trancher, information par information, ce que la page de commande a besoin de connaître, le catalogue et les créneaux de retrait, et ce qui n'a aucune raison de quitter la ferme, les registres, les marges et le fichier des adhérents. La partie visible par vos clients est hébergée quelque part, et cet endroit se choisit le premier jour ; le reste tient sur votre machine, avec une sauvegarde en ligne seulement si vous la demandez. Salomé n'affiche à l'écran que ce qui a été autorisé. Le budget IA dépend de l'assistant choisi, de son offre et du travail demandé. Nos dépenses d'IA mesurées portent sur des essais précis et ne fixent pas le prix de cet outil. Comptez aussi votre temps de validation, l'hébergement éventuel, les services externes et la maintenance. Qui répond de vos données se règle avant les fonctions, et l'endroit où l'outil range ce qu'il fabrique se tranche en même temps.
Par où commencer
Répondez par oui ou par non à une seule question : savez-vous, sans ouvrir un tableur, combien de kilos vous avez cédés cette semaine aux commerces voisins et à quelle distance de la ferme ils se trouvent. Une réponse négative fait sortir le sujet du confort de gestion pour le placer du côté de la conformité. Décrivez cette lacune, lisez le cahier des charges qu'une équipe d'agents vous propose, et gardez l'encaissement là où il est. La façon de tracer la frontière avec ce qu'on ne remplace pas vaut aussi pour un gîte ou un camping, et le détail de ce que nous voyons ou pas se lit en cinq minutes.